Cet espace rassemble des informations sur la communication terrioriale,
prioritairement sur la promotion de la ville et la production de son image.

Les thèmes de la Culture, des Projets urbains, de la Proximité, du Patrimoine,
du Développement économique ou touristique, de la Durabilité sont souvent traités, essentiellement par les villes et métropoles mais parfois aussi
avec d'autres types d'espaces, quelles que soient les échelles.

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Baromètre d'image externe

Les acteurs économiques sont l’une des cibles privilégiées pour les territoires qui font du marketing urbain. Dans les discours des années 1980, les décideurs économiques sont en attente de trois facteurs déterminant pour vouloir s’implanter quelque part : être dans une ville carrefour ; qui s’affirme sur le champ de la recherche ou des techniques de pointe ; et qui est une capitale sectorielle. L’idéologie du technopôle est bien présente, tout comme les valeurs de modernité et d’innovation.


- En 1985, réalisée par un institut de sondage, une étude d’image de Nancy auprès des acteurs économiques l’assimile aux bassins sidérurgiques en crise et à une qualité de vie médiocre à cause d’un climat peu propice et d’une accessibilité améliorable notamment car la ville n’a pas d’aéroport international. Ses universités et grandes écoles sont méconnues et sans prestige, peut-être parce que l’absence d’un pôle technologique ne donne pas un rayonnement européen nécessaire pour une ville de cette taille.

- En 1987, via le même institut, une autre étude d’image montre une modification radicale. La crise lorraine est perçue comme un facteur de dynamique locale d’une ville idéalement située au sein du grand marché européen de 1992. Le statut de métropole intellectuelle et de ville d’art s’affirme, tout comme son pôle technologique Nancy-Brabois Innovation qui est favorablement apprécié, notamment grâce au salaire urbain proposé, c’est-à-dire les avantages urbains existants dans un contexte spatial économique et culturel favorable, aussi bien pour les travailleurs que leur famille.

Entre ces deux périodes, la promotion de la ville a créé le concept « Nancy, un style de ville », expression des caractères historiques prestigieux mêlés à l’innovation souhaitée du parc Nancy-Brabois-Innovation. Mais on peut se poser la question d’une évolution si rapide de l’image de la ville.


- En 1984, réalisée par un cabinet de consultant, l’étude d’image de Rennes auprès des entrepreneurs et hauts fonctionnaires de la région parisienne montre quatre constats : Rennes n’est pas la Bretagne ; elle est absente des médias nationaux ; elle a un rayonnement régional ; c’est un tissu économique, scientifique, culturel, complexe et indissociable.

Rennes est à ce point absente de l’univers mental des interviewés qu’ils sont amenés à en parler par déduction et réminiscence scolaire. Leur discours est théorique et déductif. Ville administrative éloignée des centres d’activités en Europe, son dynamisme est davantage déduit qu’affirmé si l’on excepte Citroën qui est plutôt bien identifié.

- En 1986, une enquête menée par la Jeune chambre économique auprès des Présidents d’organismes publics et économiques (sur les 1000 enquêtés, 179 ont répondu dont un seul de la région parisienne) de nombreuses réponses sans opinion émergent et concluent à l’absence d’image de Rennes. La ville est perçue à 82% comme une ville universitaire, 77% comme une ville administrative, 56% comme une ville culturelle, 46% comme une ville industrielle. Parmi les activités citées, Citroën est 80 fois citées (sur 179), les universités 61 fois et Ouest-France, 60 fois. Le domaine scientifique n’est cité que par 47 personnes dont les télécom cités 12 fois. A la dernière question « quelle images de Rennes avez-vous ? », le plus fort taux de réponses (133) ne permet de dessiner aucune tendance.

- En 1988, les opérations de communication et le slogan « Rennes bouge, bougez » semblent avoir portées leurs fruits puisque la ville est qualifiée positivement dans la seconde enquête du même cabinet de consultant. Comme le précise Albert du Roy, directeur de la rédaction du magazine L’Expansion, venu à Rennes pour animer un dîner-débat sur le thème Rennes dans la compétition européenne, « il n’y a pas de fatalité. Rennes semblait être la capitale d’une région attardée, se dépeuplant dont le seul atout est l’air tonique favorable aux enfants maladifs. Et subitement, les observateurs découvrent le contraire. Ils constatent que Rennes est une ville d’avant-garde, où il y a des industries de haute technologie, de la recherche… Elle devient symbole de modernité. C’est le résultat d’efforts effectués depuis de nombreuses années. Il fallait en avoir la volonté » (Ouest-France du 12 janvier 1989).

Dans l’étude de 1988, avec une population estimée entre 200 000 et 300 000 habitants, la ville est perçue comme l’une des plus actives de France, mais aucune information précise n’est mentionnée (les interviewés parlent d’un tissu de pme, d’agroalimentaire, de grandes écoles, sous forme de suppositions propres à toutes les grandes villes). La référence aux administrations décentralisées tendrait à montrer une ville au dynamisme exogène. Cette référence à la ville d’Etat, plutôt inerte et soutenue par le pouvoir central, n’est pas une composante d’image favorable. Néanmoins, Rennes est pensée économiquement comme le seul point intéressant de la Bretagne, grâce à l’absence d’un passé industriel (au détriment de Nantes qui est moins bien perçue) et par sa proximité avec Paris (au détriment de Lorient, Brest et Lannion). Rennes est considérée comme le pôle urbain de l’Ouest à la fin des années 1980, en tant que ville active, en expansion et devant Nantes la discrète.

Les images de ces deux villes ont évolué bien soudainement, passant d’une image inexistante dans les milieux économiques à une image positive en ascension et qui va progresser. Il semble intéressant de comparer les baromètres d’image des villes au fil des changements d’agence qui réalisent ces études. On peut s’interroger sur l’évaluation rennaise faite quatre années après des actions mises en place par la municipalité, mais préconisée par le cabinet de consultants qui fait les études. Souvent, quand les villes font appel à de nouveaux évaluateurs, le portrait est plus alarmiste comme pour monter que la collectivité a besoin de l’aide du nouveau prestataire qui améliorera la situation savamment décrite. De même, pour légitimer les coûts publicitaires, les résultats d’image doivent être annoncés le plus rapidement possible et il n’est alors pas accepter que l’image soit un champ de latence qui évolue sur des temporalités qui dépassent le mandat politique.


En 2004, selon une étude d’opinion commanditée à un nouveau cabinet de consultant, dans le cadre de Nancy 2020, l’image externe de Nancy et du Grand Nancy redevient médiocre.

Nancy a une image neutre et sans consistance. Ce n’est pas que les Français en pensent du mal mais ils ne connaissent pas cette ville lointaine, considérée comme endormie, ennuyeuse et isolée. Qualifiée de belle et historique, bourgeoise, administrative et universitaire, en rivalité avec Metz, la ville reste éloignée géographiquement car sans TGV. Nancy est comparée à Caen, Dijon, Bourges ou Clermont-Ferrand, des villes qui ont tout autant d’images creuses. Auprès de la population qui a déjà pratiqué la ville ou qui vient de s’y installer, des qualificatifs nouveaux accompagnent Nancy : des habitants aimables, une vie abordable et sans stress, une ville sûre qui gagne à être connue malgré un climat froid et un déficit d'emplois, des dessertes insuffisantes, un plan de circulation compliqué et une esthétique urbaine hétérogène.

Pour positiver, les stigmates des villes industrielles de l’Est de la France semblent ne plus coller à la ville alors que les études antérieures restaient sur les idées de tristesse et de déprime sociale (dans l’étude de 2004, toutes les études précédentes sont résumées dans le même esprit de morosité). L’image extra-territoriale nancéenne n’est plus mauvaise mais elle est neutre. Tout reste à faire et l’image peut être construite sans chercher à inverser une tendance. Le champ du possible ne peut pas être plus ouvert.

Il est intéressant d’observer l’inquiétude des acteurs nancéens qui constatent avec effroi qu’ils ont un sacré travail à faire sur l’image d’une ville qui ne part de rien. Mais est-ce inquiétant quand la majorité des gens ne sait pas grand-chose de sa ville. Est-ce un handicap ?

Reste à savoir sur quoi va reposer la nouvelle image. Certains pôles d’excellence dans les milieux scientifiques, médicaux ou culturels peuvent faire valoir la ville mais où est la nouveauté par rapport aux autres métropoles françaises et européennes ?

L’image, pensée comme un atout d’attractivité mais aussi de rétention de population est absente, ce qui enferme la démographie nancéenne actuelle qui n’est pas des plus dynamiques. Les convictions sociales actuelles indiquent que les jeunes couples s’installent dans une ville selon principalement trois critères principaux : les possibilités d’emploi, la convivialité relationnelle et le dynamisme culturel. La magnificence de la place Stanislas répond peu à ces axes de développement.

Notoriété rennaise

Il est parfois possible d'entendre parler de la même ville moyenne d'Europe trois fois dans la même journée alors que l'on est sur un autre continent. mi-ovembre 2008, Rennes est citée trois fois dans les médias de Montréal.

- Dans les journaux gratuits disponibles dans le métro montréalais, un article traitant de la mise en place du système BIXI, un service public d'utilisation de vélo dans la ville, est l'occasion de signaler que la première ville dans le monde a avoir mis en place ce service est Rennes en 1998.
- Un autre journal précise dans la page People que l'actrice Salma Hayek est peut-être de nouveau en couple avec le fils du milliardaire François Pinault. En effet, on les aurait vu assister à un match de "soccer" à Rennes. La brève de 3 lignes ne spécifie pas que François Pinault est le principal sponsor de l'équipe de football rennaise.
- La télévision publique Radio-Canada s'intéresse le même jour à la journée d'une lycéenne québécoise qui participe au jury du prix Goncourt des lycéens qui se tient chaque année à Rennes dans le restaurant La Chope. Des images de Rennes sont mises en perspectives pour montrer toute la grandeur de la ville mais le reportage qui filme les quais montre des bâtiments assez basiques qui mettent peu en avant Rennes (ce n'est pas le but du reportage non plus, d'ailleurs la ville n'est citée qu'une fois en tant que localisation de l'événement et la jeune québécoise est interviewée en tant que jury d'un prix littéraire, mais on ne sait rien de la ville).

Pour autant, on ne peut pas considérer que Rennes ait une notoriété qui dépasse l'Atlantique

De Super U à Leclerc… quid du Breton ?

Fin 2008, le supermarché U de Vern-sur-Seiche (35) s’agrandit et devient un hypermarché Leclerc. Ce centre commercial a la particularité d’avoir mis en place, dès sa création en 2005 une signalétique bilingue. Est-ce une opération de marketing territorial qui distingue le point de vente ou bien la volonté de soutenir la langue en perdition dans l’est de la Bretagne (où l’on a jamais parlé breton) ?
Dès l’entrée du centre commercial, le double affichage est soutenu par le label produit en Bretagne. Deux têtes de gondole situées près des caisses rassemblent les produits bretons (pas tous culinaires) entourés de fleurs de lys.
La langue bretonne est écrite sur les affiches visibles du supermaché dans chaque rayon, repris par les commerces alentours comme le coiffeur. Même à l’extérieur, l’aménagement urbain est pensé en breton (totem du supermarché situé sur le rond-point Triskell.
Toutefois, c’est davantage de la communication territoriale que du marketing, dans la mesure où l’on peut observer que l’affichage ponctuel est lui, uniquement en français (fig.3).

On comprend alors que la traduction bretonne a été faite lors de l’inauguration du centre commercial mais que depuis, les nouveaux panneaux sont uniquement en français. Cela peut se comprendre si l’on considère que la totalité de la clientèle lit le français, toutefois, un effort linguistique ne doit-il pas être pensé jusqu’au bout ?
Lors du changement d’enseigne en décembre 2008, reste à observer quelle place va être accordée aux écriteaux bretons ? Le rond-point du Triskell va-t-il être le seul reliquat de cette opération de communication ?

Place aux cultures (2)... comme projet urbain

La place aux cultures est un projet qui s'inscrit dans le temps long.
Pour faire patienter la population rennaise, une exposition est proposée par la municipalité, présentant le projet urbain, en extérieur, au bord d'une bouche de métro. L'historique de la future place aux Cultures qui a porté le nom de place du Champs de Mars puis Esplanade Charles de Gaulle, est présenté avec une scénographie qui évoque le chantier urbain. Le contenu est produit par la direction de l'aménagement et de l'urbanisme tandis que la direction de la communication a conçu la présentation. 6 côtés présentés en deux triangles fermés, forment un cheminement d'informations telles que :
- auparavant la place était une prairie appartenant à un couvent,

- des foires aux bestiaux ou le cirque y ont tenu séances
,
- puis, les futurs projets sont présentés (le parking, la salle de spectacle, le multiplexe cinéma, le bâtiment Jeunesse...).

Le logo de la Ville de Rennes témoigne du rôle d'information publique de cette exposition extérieure qui, par son aspect "emplacement temporaire posé sur des planches", atténue l'attente du projet urbain dont la temporalité ne correspond pas aux souhaits des usagers. L'objectif premier est bien de présenter les futurs projets et l'allure de la future place. Ces images d'espaces en projet est mêlée à des informations historiques qui inscrivent l'exposition dans une chronologie d'une place toujours en évolution.
Les textes informatifs sont courts, ce qui donne envie de lire sur la ville. Les dates de livraison des bâtiments sont dépassés et sont une trace de mauvaise gestion des projets urbains. A Angers, la démarche est davantage poussée. Dans le cadre de la construction du tramway dans le paysage urbain (inauguration en 2010), un relais info-chantier est conçu en tant que point d’information à propos de l’état d’avancement du projet urbain. L’objectif est de rassurer les riverains grâce à une relation de proximité. Un mobilier d’information recense tous les renseignements et incarne le projet dans son ensemble pour ne pas associer la présence des médiateurs uniquement à des difficultés. Ils doivent aussi être les relais de la valorisation du projet tramway dans le quartier. Des visites de chantier d’une à trois heures ; des événements de proximité lors de dates clés (premier coup de pioche des chantiers locaux, plantation du premier arbre, lors des fouilles archéologiques, pose du revêtement définitif…) ; ou des journées entières avec les médiateurs (auprès des scolaires et des entreprises et institutions proches du chantier, avec notamment la rediffusion des outils TIC) sont des actions envisagées dans le plan de communication 2008. Une exposition est diffusée en 2007 dans une salle en centre-ville, dissociée du lieu du projet urbain (un trajet qui traverse la ville). Au sein de l'exposition, la scénographie précise les adaptations par rapports aux films initiaux, ce qui est une manière d'atténuer la difficile gestion des évolutions de projets urbains.

Place aux cultures (1)... comme centralité

Afin d’attirer les acteurs culturels et entraîner le développement local, l’image d’une ville peut reposer à la fois sur une politique de grandes institutions (la notoriété des grands équipements et la qualité de leur programmation donnent une hiérarchie des villes), une politique culturelle avant-gardiste (les nouvelles formes artistiques et culturelles comme les espaces non-conventionnels, les friches, les squatts, les arts de la rue, les cultures urbaines qui donnent une image d’acteurs hors-champ institutionnel) et une volonté de rayonnement (grâce à la présence d’acteurs culturels insérés dans les réseaux internationaux et l’implication des acteurs dans les projets de dimension au moins nationale). Les pratiques non institutionnelles sont reconnues comme critères de vitalité d’une ville et de son public (Vivant, 2007). Selon le cabinet d’étude TMO (2002) Grâce à la combinaison des champs universitaire et culturel, la notoriété culturelle du territoire rennais se construit à partir de :

- l’antériorité de Rennes en matière de dynamisme culturel (une des premières Maisons de la Culture, un Centre chorégraphique national, un festival de renommée nationale depuis 1978, une des premières inaugurations d’un commerce FNAC et d’un VIRGIN en France),

- la présence de grands équipements (opéra, Théâtre national de Bretagne, musée

des Beaux-arts, centre d’art contemporain, conservatoire de Région),

- la notoriété ou l’image de plusieurs lieux culturels autres que les lieux institutionnels. L’UBU, l’Aire-Libre, l’Arvor, la Péniche-Spectacles, Le Jardin Moderne, la Criée… sont autant de lieux qui valorisent ceux qui les citent,

- la présence d’acteurs connus ou dont le travail est apprécié (artistes ou gestionnaires),

- les grands événements (Transmusicales, Tombées de la Nuit, Travelling et Mettre en scène, ainsi que Mythos et Marmaille permettent de parler des 3T et des 3M),

- l’existence d’équipements de quartiers (Triangle, Rallye, Paillette, Tambour),

- la reconnaissance d’un rôle régional grâce à une offre culturelle large et diffusée.

Mais les faiblesses de Rennes sont liées à sa petite taille : une ville moyenne et peu cosmopolite ne rime pas avec la citadinité culturelle. Les grandes villes sont associées à l’émergence de nouvelles formes de cultures urbaines, lesquelles se nourrissent du vécu des cités et de la rencontre de logiques et de traditions culturelles différentes, et plus particulièrement du métissage des cultures. Les autres faiblesses portent sur les arts plastiques, la faible politique de résidences d’artistes, une politique d’équipement insuffisante, un manque de passerelles entre le monde de la culture et les technologies, ce qui aboutit d’une manière générale à une image qui vieillit si elle ne repose pas sur des actions concrètes. Ces faiblesses ont trouvé un écho avec des efforts incarnés par la place aux Cultures. Ce projet urbain achevé en 2008 donne une place centrale à la culture au sein de Rennes.

Avec les rénovations urbaines de la décennie 2000, les activités culturelles ont déserté le centre-ville. Des manifestations qui ont fait la renommée de Rennes, comme les Transmusicales, en ont été écartées. De surcroît, avec l’ouverture de salles de spectacles à Brest, Caen ou Nantes, les tournées d’artistes sont moindres. La salle provisoire du Musikhall, installée à l’extérieur de la ville au parc des expositions, ne réfère pas à la centralité urbaine. Pour contrer cette situation, la restructuration de l’esplanade du centre-ville renommée Place aux Cultures s’appuie sur des équipements existants (les Champs-Libres ouverts en 2006, l’espace jeunesse le 4 bis ouvert en 2007, la salle de spectacle le Liberté réouverte en 2008, le complexe cinématographique dessiné par Christian de Portzamparc, ouvert en 2008) pour créer le plus important pôle culturel de l’agglomération, en plein cœur de ville, non loin du TNB.

A partir de la montée de la Culture dans la fabrication de l’image rennaise au fil des 25 années de promotion territoriale, à défaut d’être quantifiée comme outil de développement territorial, elle participe aux valeurs de la ville. Les conditions sont rassemblées pour mesurer l’impact d’un positionnement culturel rennais, impulsé par le développement des images événementielles qui agissent de manière plus ou moins indirecte sur la production d’image (Barthon, Garat, Gravari-Barbas & Veschambre, 2007).

Double message sur carte postale

Comment, avec des informations simples, créer un double message ? Au départ imaginée comme une information de service public, cette carte postale diffusée sur le territoire rennais présente le réseau de transport collectif urbain (métro et bus). La STAR, société de transport de l'agglomération rennaise, qui a déjà su jouer de son nom dans quelques opérations publicitaires, joue cette fois avec les chiffres. Le chiffre 1 associé au &, souligne le slogan dialectique du tous et du chacun. Surtout, c'est l'unicité du territoire qui est exprimé, avec un seul réseau sur un vaste territoire. le signe = exprime bien l'unité des 400 000 habitants. Les rennais étaient restés sur les nombres 360 000 habitants, diffusés lors de la création de la communauté d'agglomération de Rennes en 2000, puis 380 000 et dernièrement 388 000, selon le recensement de 2007. Désormais un nouveau nombre est annoncé. 400 000 = 1, c'est-à-dire que la métropole est évoquée par les chiffres sans même que le terme soit mentionné. C'est un second message assez fort. Nulle part il n'est écrit "métropole" mais pourtant c'est bien ce qu'émane cette publicité qui devient une communication territoriale en plus d'une information de service public.

La presse locale, comme prolongement de l’image publique rennaise

Le journal Ouest-France, véritable média de masse puissant qui se distingue par sa devise « Justice et Liberté », substitue à une ligne politique claire un « esprit maison » marqué par des idées de respect et de tempérance (Mény, 1980). Son propriétaire, François-Régis Hutin, affiche des convictions de démocrate empreint de catholicisme moderniste et de défenseur du tiers-mondisme, qui conviennent à l’élite locale. Une connivence territoriale autour de valeurs partagées rapproche la presse et l’action publique locales.

Le discours d’une municipalité peut se voir infirmer par la presse locale quand elle met l’accent sur des traits peu valorisants. Les relations peuvent devenir tendues entre les journalistes et le pouvoir local. Cependant, dans le cas de la municipalité rennaise, l’organisation des relations avec la presse locale, dans le contexte d’une certaine adéquation de leurs positions, permet à la municipalité de gérer au mieux l’image du territoire via la presse locale (Taillandier, 2006).

Tout d’abord, la municipalité a institutionnalisé ses rapports avec la presse par la création d’un service de presse qui fait la liaison entre le secteur journalistique et l’administration locale. Cette institutionnalisation des rapports avec la presse a été un objectif explicite de la politique de communication (Guillier, 2002).

D’un point de vue relationnel, les médias comme la municipalité gagnent à ce que des personnes, connaissant bien le fonctionnement des deux institutions, se chargent de faire le lien. Les attachés de presse se considèrent plus comme des médiateurs entre les deux institutions que comme travaillant pour la promotion de la ville (Taillandier, 2006, p.32). De même, M. Taillandier observe que les journalistes insistent sur la diplomatie des attachés de presse qui permet de maintenir d’excellentes relations au sein du « système d’information local », les uns ne pouvant se passer des autres : d’un côté la municipalité est l’une des principales sources d’information à l’échelle de la ville, de l’autre, la presse, surtout dans le cas de Ouest-France, journal monopolistique à Rennes, est le vecteur principal qui informe massivement les citoyens de l’action publique locale.

D’un point de vue plus stratégique, le service de presse participe à un meilleur contrôle de la cohérence des messages, une uniformité émanant de son institution en partant du principe que « l’information parue dans les médias locaux offre aussi la garantie d’une certaine crédibilité au message institutionnel » (Méghard & Deljarrie, 2003, p.88).

Combinaison d'événements urbains : une optimisation à améliorer

L’exposition rennaise sur la légende du Roi Arthur est annoncée par les pouvoirs publics locaux comme l’exposition phare de l’année 2008. Installée aux Champs Libres jusqu’au 4 janvier 2009, elle a été inaugurée le 16 juillet en présence de Daniel Delaveau qui a invité le public à partir à la quête du Graal au fil des 6 mois d’exposition sur 1000 m². La grandeur de l’événement rennais est lié à un partenariat d’acteur inédit et profitable au concept des Champs-Libres. C’est la première réalisation conjointe des trois composantes de ce centre culturel : le Musée de Bretagne, la Bibliothèque de Rennes Métropole et l’Espace des sciences.
A peine la biennale d’art contemporain aux résultats mitigés achevée qu’un congrès scientifique se tient à l’université Rennes 2 pour lancer l’exposition arthurienne. L’événement culturel des Champs-Libres a reçu le label « Exposition d’intérêt national » du ministère de la Culture, ce qui valait bien le déploiement d’une campagne d’affichage qui tend vers le street marketing ou plutôt le métro-marketing. Pour la première fois, les stations de métro de Rennes sont habillées pour faire la promotion de l’exposition via son affiche qui se révèle tout aussi intrigante (la couronne est un amas de building futuristes) que la légende du Roi Arthur : opacité, citadinité, royauté… l’affiche est à la hauteur de sa diffusion sur Rennes et l’Ille-et-Vilaine. Les affiches habillent des pans des stations aux endroits les plus visibles, sans pour autant être sur des supports prévus pour l’affichage.
Le 31 août, pour prolonger la promotion du Roi Arthur, deux autres manifestations rennaises combinent leur dimension événementielle avec l’exposition pour tenter une synergie événementielle. Transat en ville, un été au ciné et l’exposition Arthur proposent en un seul moment le contenu de l’un, dans le contenant de l’autre, par le vecteur du troisième. Explications. - L’opération Transat en ville ressemble à Paris Plage mais à dimension bretonne. Depuis 2005, cette manifestation estivale met des transats à disposition des passants sur la place de l’hôtel de ville, encadrés par quelques palmiers, avec un bar à eau ou à thé gratuit tout au long de la journée. S’y installent, pour le temps qu’ils veulent, les badauds qui, depuis deux ans, bénéficient de quelques spectacles nocturnes, là où auparavant, ce lieu n’avait qu’un rôle de détente. Pour être dans l’air du temps, des sudokus sont proposés à ceux qui se détendent sur les pavés de la place de la mairie. Le projet se développe car l’été 2008, quelques quartiers rennais disposent eux aussi de transats pour être les spectateurs de spectacles qui ne sont pas uniquement réservés au centres-villes. De nouvelles centralités événementielles sont donc créées par cette opération de communication à la fois culturelle et de proximité. Aucun retour n’est demandé à la population qui utilise ce service gratuit et aucun partenaire privé n’est engagé. L’espace public choisi, reconnue comme l’une des (voire la) centralités rennaises, n’est pas un lieu commerçant mais plutôt la place du pouvoir municipal et par extension de le lieu de l’action publique. Parmi les animations nocturnes (concerts, contes, théâtre...) mises en place trois fois par semaine (les mercredis et samedis place de la mairie et les jeudis dans les quartiers avec sous la dénomination "Transat en balade"), la dernière de l’été 2008 s’intéresse à l’exposition Arthurienne. - Un été au ciné est une manifestation annuelle dans plusieurs villes de France destinée à favoriser l’accès aux pratiques cinématographiques et l’éducation à l’image. Pour cela, des ateliers ou des stages de tournage sont proposés aux jeunes citadins pendant l’été. Des films en plein air sont aussi proposés gratuitement sur des écrans géants gonflables. Les premières séances comme celle dans les jardins du Thabor (centre-ville de Rennes) ou dans le quartier de Bréquigny ne rassemblent pas toujours les foules (à cause du choix des films ou d’une faible publicité, qui sait). Il est donc tentant de se rapprocher d’autres moments fédérateurs comme le festival Quartiers d’été qui lui aussi a l’objectif de proposer des animations aux jeunes urbains qui ne partent pas en vacances l’été. Ainsi, lors de la dernière soirée du festival, désormais, l’écran géant est gonflé et propose un film à destination des jeunes. Dans les autres cas, des moyens logistiques sont mis en place avec des navettes qui parcourent les villes et la presse locale qui relaie les résumés des films, en sus d’affiches à destination du public jeune.

Le 31 août 2008, l’idée est de diffuser La quête du Graal, film arthurien des Monty Python, en séance de plein air, place de la mairie, sur les transats estivaux. La synergie événementielle est à son apogée, mais cette tentative connaît tout de même une marge de progression.

Un concert est donné dès 20h30 sur la scène prévue pour cela.

Les transats sont tournés vers la scène, à l’intérieur de la zone de palmiers. Les chaises sont placées au fond de la salle virtuelle et sur les bords. Derrière les chaises, le public est debout. Tout est organisé pour que les spectateurs soient confortablement installés (fig.3) même si la plupart des badauds, en étant affalés dans leur transat, sont assez près du sol et entendent un son étouffé depuis la scène extérieur qui ne propose pas d’option acoustique.

Pendant ce temps, d’autres badauds, intéressés par la séance de ciné en plein air de 22h30, commencent à s’installer de l’autre côté de la place, assis par terre ou sur les marches de l’Opéra (fig.1).

Lorsque le cinéma en plein air démarre, chaque spectateur est invité à se déplacer et à se retourner avec son transat ou avec sa chaise, dans la meilleure organisation possible. Mais ce n’est pas sans créer quelques difficultés de résultats. Si peu de tension sont à observer lors du déménagement, la répartition des uns et des autres crée des insatisfactions (fig.2). Les transats sont parfois installés derrière des sièges plus hauts, ce qui atténue le champ de vision vers l’écran de cinéma et empêche toute lecture des sous-titres du film (fig.4).